Article d’Oriane Cuenoud, publié dans La Nouvelle République du Centre-Ouest le 09‑11‑2025, reproduit ici avec son aimable autorisation.
Yoann et Maurice Audejean sont passionnés d'astronomie. Depuis Chinon, ils récoltent de la donnée qu'ils envoient à des chercheurs professionnels.
© (Photo NR, Oriane Cuenoud)
Maurice et Yoann Audejean sont passionnés d'astronomie. Ils ont reçu, cette année, la reconnaissance de la communauté scientifique internationale.
« Ça devrait être pas mal ce soir. » Sur le perron de sa maison, Maurice Audejean lève les yeux vers le ciel crépusculaire. Aucun nuage à l'horizon au-dessus de Chinon, en cette fin d'après-midi, samedi 8 novembre 2025. Cela n'était plus arrivé depuis plusieurs jours. Les conditions parfaites pour ressortir les télescopes du garage.
À presque 73 ans, Maurice Audejean a gardé la même flamme qui l'animait, enfant, pour les objets célestes. Dans la campagne berrichonne où il a grandi, il essayait d'imaginer la distance qui le séparait des étoiles, dès l'âge de 8 ans. Fasciné par la Lune, il bricolait même ses propres optiques avec des verres de lunettes de grand-mère. « Je regardais la Lune et je me demandais quand viendrait le jour où l'homme y serait », se souvient le natif de Poulaines (Indre).
Admiratifs de la « beauté du spectacle céleste »
Ce jour ne tarde pas à venir. Dans les années 60, la conquête spatiale fait rage entre Soviétiques et Américains. Premier engin placé en orbite, premier homme envoyé dans l'Espace, premier objet posé sur la Lune. Le jeune Maurice ne rate rien des avancées spatiales rapportées à la radio ou dans le journal. Le 21 juillet 1969 marque un tournant.
L'adolescent se lève en pleine nuit pour suivre le premier pas de l'homme sur la Lune à la télévision. « J'avais l'impression de vivre dans un rêve », s'émerveille encore Maurice Audejean.
IC342 est une galaxie vue de face. Elle est aussi appelée « la galaxie cachée ». Elle est à 11,4 millions d'années-lumière, dans la constellation de la Girafe.
© (Photo Yoann et Maurice Audejean)
Sa carrière professionnelle se déroule loin des télescopes, comme technicien aux PTT (Postes télégraphes et téléphones). Mais Maurice Audejean ne rate aucune occasion de plonger la tête dans les étoiles. Il se forme en mathématiques et en physique au Centre national d'enseignement à distance (Cned) plusieurs années et enrichit ses connaissances en autodidacte.
A l'origine de l'observatoire associatif de Chinon
Arrivé à Chinon en 1978, il fonde le club d'astronomie de Chinon six ans plus tard. Avec un petit groupe de personnes, il se lance dans la construction de l'observatoire de Chinon. « On a fait les travaux nous-mêmes, un tube en bois pour le télescope et une monture en métal. On mettait nos compétences en commun », se remémore Maurice Audejean. L'observatoire est mis en service en 1991 et continue d'être utilisé.
Avec l'association Astronomie en Chinonais, officiellement créée il y a trente ans, il contribue à diffuser la connaissance scientifique auprès du grand public et des scolaires.
En parallèle, il participe au développement d'une série d'applications visant à exploiter les images prises par les coronographes au Pic du Midi à des fins scientifiques.
Cette photo a été prise le 7 avril 2025. C'est une vue partielle de la lune. Au centre de l'image, il y a un trait que l’on appelle « le Mur droit ». I s'agit d'une crête dont le dénivelé est de l'ordre de 240 à 300 m, sur une longueur de 120 km.
© (Photo Yoann et Maurice Audejean)
« On n'arrête pas d'explorer »
Depuis un an et demi, c'est avec son fils, Yoann, qu'il continue d'exercer sa passion. « Ce qui me plaît, ce sont les belles images, la beauté du spectacle céleste », confie le quadragénaire. Ensemble, ils observent comètes, astéroïdes, supernovas, étoiles variables. Lui s'occupe du traitement des images captées par le télescope. Son père s'en sert pour faire des mesures de déplacement ou de position d'étoiles, par exemple. Des données qu'ils partagent sur leur blog et leur page Facebook.
Cette image, prise le 17 mai 2025, montre M5, qui est un amas globulaire situé dans la constellation du Serpent à environ 24.500 années-lumière de la Terre.
© (Photo Yoann et Maurice Audejean)
Cette année, ils ont reçu la validation de la communauté scientifique mondiale sur la base des données qu'ils ont transmises. Leur observatoire privé est désormais inscrit (sous le nom R67) sur la liste de l'Union astronomique internationale, une organisation non gouvernementale qui coordonne les travaux des astronomes à travers le monde.
Que rêvent-ils encore d'observer ? « Une supernova dans notre galaxie », répond Yoann.
Son père, récompensé au printemps de la médaille de la Ville, ne craint toujours pas de se lasser. « On n'arrête pas d'explorer. »