Le 12 août 2026, une éclipse totale devait traverser le ciel d’Espagne. Rien n’était plus irrésistible que l’idée de quitter la Touraine sous la canicule pour aller contempler l’un des spectacles les plus majestueux que la nature puisse offrir.
Au matin du 12 août, nous quittâmes la France pour aller dans la région de Burgos, près de Lerma, plus précisément à Santa Cecilia, voir Cartes.
En règle générale, l’observation d’une éclipse totale de Soleil se prépare longtemps à l’avance. Or, plutôt que de choisir un lieu de résidence temporaire dans la région de l’observation, en fonction des probabilités météorologiques et autres détails pratiques, nous avions pris le risque de partir de France, depuis un lieu d’hébergement près de Bayonne. Ainsi, après avoir néanmoins ciblé une région favorable à l’observation et après avoir examiné les panoramas à l’aide de Street View, nous partîmes, un groupe de cinq personnes, en direction de Santa Cecilia, au petit jour, pour franchir la frontière espagnole et cheminer sur les autoroutes jusqu’à notre destination.
Nous roulâmes sous un chaud soleil, dans une circulation abondante mais fluide. À Lerma, nous prîmes la direction de Tordomar pour nous arrêter sur un plateau, au-dessus de Santa Cecilia, superbe vieux village écrasé de soleil, comme on peut l’imaginer dans cette Espagne millénaire. Arrivés sur ce plateau à la végétation sèche, marquée par la canicule, quelques véhicules avaient déjà pris place, des instruments mis en station, prêts à pointer le Soleil. Mais il n’était que midi, et le phénomène attendu nous imposa une longue attente. En effet, la Lune ne devait commencer à grignoter le disque solaire que vers 19 h 30, et l’astre du jour disparaître vers 20 h 30 pendant 1 minute 48 s.
Notre choix audacieux de partir de France pour trouver un bon emplacement releva d’une chance inouïe. Mais voilà : nous étions sur place dès midi et ne voulions plus quitter notre emplacement. Nous dûmes rester sous un soleil de plomb, à l’ombre de notre véhicule, et attendre plusieurs heures durant lesquelles d’autres amateurs - pour la plupart des Français, puis plus tard quelques anglophones, et peu avant le phénomène, des Espagnols, probablement des autochtones - nous rejoignirent.
Les minutes précédant l’observation apportèrent une tension douce, une fébrilité contenue, les instruments étaient en place, réglés, testés. La tension montait parmi les observateurs répartis autour de nous. Le premier contact survint. Une infime morsure apparut sur le Soleil. Le temps se mit à couler autrement. De minute en minute, chacun était absorbé par sa tâche : les uns avec leur appareil photo, les autres avec leur télescope, d’autres encore - et ils n’étaient pas les moins nombreux - avec simplement leurs yeux protégés par des lunettes spéciales. Le ciel s’assombrissait, la température semblait baisser, mais était‑ce dû à l’éclipse ou à la fin du jour, le Soleil étant moins haut sur l’horizon ?
Arriva le moment l'instant tant attendu. Le Soleil ne montra plus qu’une perle : il devint noir, suspendu dans le ciel, auréolé d’une superbe couronne toutefois affaiblie par l’atmosphère terrestre (1). Il fallait alors faire très vite : ôter les filtres, réaliser des prises de vue et, surtout, ne pas oublier de regarder cette éclipse avec ses yeux, sans pour autant continuer à prendre des images. Là résidait la difficulté rencontrée par tous les observateurs : concilier rendement photographique et observation visuelle. L’observation visuelle est incomparable à l’image photographique. Mais les secondes s’égrenaient vite, beaucoup trop vite. Le Soleil perla à nouveau, la couronne disparut, et nous repartîmes pour une série d’images des phases partielles, le cœur rempli d’une joie indescriptible. Cette série finale ne put s’achever que dans les brumes atmosphériques qui montaient de l'horizon.
La plupart des observateurs avaient déjà quitté les lieux quand nous nous résolûmes à ranger notre matériel avant de prendre la route vers la France.
Le retour vers la France se fit dans une circulation lourde, ralentie par des foules sans doute encore bouleversées par ce qu’elles venaient de vivre.
L'éclipse était bien terminée. Nous rentrâmes en Pays basque français, porteurs d’une expérience extraordinaire et inoubliable.
(1) - À 8° au-dessus de l’horizon, le Soleil traversait un airmass supérieur à 7, soit l’équivalent de plus de 700 km d’atmosphère, ce qui réduisait sensiblement la pureté visuelle de la couronne. L’airmass désigne la quantité d’atmosphère traversée par la lumière d’un astre : elle est minimale au zénith (valeur 1) et augmente fortement lorsque l’astre se rapproche de l’horizon, la lumière devant alors parcourir une couche atmosphérique beaucoup plus épaisse.
Ci-dessous, à gauche, le lieu de nos observations, à droite, une animation du phénomène. Plus bas, à gauche, le détail de ba basse couronne avec les protubérances, à droite, la couronne dans son ensemble. Tout en haut, l'ensemble des phases de l'éclipse durant tout le phénomène.